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Attends-moi Ernest… soon!

« Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation »

Ernest Hemingway

Bientôt sur ce blog, des nouvelles d’ « Attends-moi Ernest »; un court roman qui vous emmènera en Wallonie profonde sur les pas d’un célèbre écrivain… A suivre!

extrait-blog-eh

 

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Un temps à vous offrir une petite nouvelle…

                                                                      

UN COIN DE PARADIS

– Encore un cocktail Monsieur ?

Simon s’interrogeait : comment le serveur qui venait de s’adresser à lui pouvait-il supporter son smoking par une chaleur pareille ? Trente degrés minimum. Et la journée ne faisait que commencer. Lui-même se sentait déjà cuire sous son parasol.

Un cocktail… L’idée méritait assurément d’être envisagée : Cuba Libre, Tequila Sunrise… Le choix était large. Ceci dit, Simon avait déjà copieusement testé la carte ce matin. Peut-être valait-il mieux se réserver pour le repas de midi : un pantagruélique buffet où homards et langoustines vous faisaient les yeux doux. Il fallait rester raisonnable ; de la volonté que diable !

– Non merci mon brave. Tout à l’heure, peut-être…

Quelques vaguelettes venaient amoureusement lui lécher les orteils.

Simon avait atterri il y a deux jours sur ce petit bout d’île enchanteur perdu dans un océan bleu piscine.

Déjà, il éprouvait les pires difficultés à se remémorer ce qu’avait pu être sa vie avant. Oh bien sûr, ce n’était pas le bagne, juste une petite existence routinière perdue entre un logis sans âme et d’interminables navettes ferroviaires. Comme il avait détesté ces maudits trajets, coincé sur des banquettes minables, dans des wagons sales et surpeuplés d’où émanaient les putrides relents de sueur et d’ennui.

Et puis, telle une renaissance, il y eut cet héritage, aussi inespéré que plantureux. Le genre de somme qui vous met à l’abri de la mesquinerie pour le reste de votre existence dorénavant dorée.

Simon n’avait pas hésité, sa première dépense fut consacrée à un savoureux voyage sous les tropiques. Comme bon nombre de ses contemporains vivant dans des contrées dites tempérées, il avait un besoin effréné de soleil, de chaleur caressant des peaux bronzées, de sable brûlant… Et là, le rêve était enfin devenu tangible, aussi réel que cette fille qui se baigne, laissant entrevoir les courbes voluptueuses d’un corps mordoré. Non, décidément, Simon se demandait comment il avait pu exister avant.

De toute façon, son esprit était déjà mobilisé par d’autres tâches urgentes : le tennis du soir à préparer, la drague de la belle brune au bar à organiser, le…

– Monsieur, Monsieur ?

L’homme qui s’adressait à lui portait un costume gris et un képi.

La plage se mit à tourbillonner, le ciel azur se déchira, la mer s’évapora en un éclair.

– Monsieur, nous sommes à Bruxelles-Nord, gare terminus. Tout le monde descend.

Simon sentit monter en lui l’ultime désespérance. Dehors, il pleuvait, comme toujours…

Laurent D’Altoe